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Faire du neuf....

 

 

Elvira.

Il fallait bien admettre que ce prénom, c'était la seule chose pour laquelle, elle pouvait remercier ses parents. Elle avait échappé aux improbables Cindy, Cassy ou Jessy.

Pour le reste, elle avait composé avec les coups et les cris.

Très tôt, elle avait donc appris à adopter un profit bas, à ne pas la "ramener" comme disait son alcoolique de père.

A la maison, pour se protéger, elle avait donc décidé d'être muette ou presque. De se contenter de quelques borborygmes ponctués de mouvements de la tête du bas vers le haut ou de droite à gauche....ce qui faisait dire à son père que cette gamine avait du vent entre les oreilles.

Il n'y avait qu'à l'école qu'Elvira se révélait, où enfin elle se sentait en sécurité. Mle Pumkette l'institutrice s'était immédiatement prise d'affection pour cette fillette, trop grande. trop enveloppée.

Chaque soir après l'école, Mle Pumkette et Elvira parlaient littérature et peinture. Peinture surtout,  Elvira avait eu le coup de foudre, un soir, pour une toile du Gréco "Martyre de Saint Maurice". Depuis, elle n'avait qu'une idée en tête, devenir peintre.

Bien évidemment, le soir où -rompant son voeu de silence- elle avait annoncé la nouvelle à son père ; celui-ci lui avait répondu par une bordée d'injures et quelques coups de ceinturon.

Elvira replongea dans son mutisme et se mit à peindre sur tous les supports imaginables : cartons, enveloppes usagées, palette de bois...elle peignait frénétiquement utilisant sa tête et ses mains pour crééer des couleurs à partir de rien : herbe coupée, terre, bouchon brûlé, jus de baies et parfois aussi un peu de sang de poulet ou de lapin quand sa mère décidait d'améliorer leur ordinaire.

Il y eut d'abord la période figurative. Elvira peignait les animaux : lapin, poule, chat, vache....Mais ses essais se révélaient assez peu satisfaisants...ses animaux ressemblaient à rien...

Elle se décida donc pour une peinture plus abstraite. Elle tentait de mettre sur le papier les agitations de son coeur et de son esprit. Elle peignait des arabesques, des tourbillons, des vagues. Le trait était lourd, puissant, dérangeant parfois...

A 17 ans, Elvira décida qu'il était temps pour elle, de quitter son village de bouseux et de partir tenter l'aventure vers la ville. Peindre était sa vie, ailleurs elle allait la mener.

Elle embarqua donc dans un bus direction New York....

Elle s'installa dans un petit appartement d'Alphabetville sur l'avenue B.

Un boulot alimentaire de serveuse lui permettait de survivre, payer son loyer et s'acheter toiles et couleurs.

Les toiles s'accumulaient dans son appartement, mais le succès et la reconnaissance n'étaient toujours pas là.

Un jour en désespoir de cause, prise d'une crise de folie, elle décida de jeter aux ordures toutes ses peintures.

Elle entassait les toiles sur le trottoir quand un homme l'aborda...il s'appelait Max Deguelt, il était français, de passage à NY pour ouvrir un galerie d'art contemporain à Chelsea, 25th St.

Elvira le toisa depuis son 1 m 80..."bien-sûr" lui répondit-elle "et...j'ai vraiment l'air d'une demeurée ?"...

6 mois plus tard, elle exposait....le succès fut immédiat....

Les critiques, le public, tous étaient sous hypnose face à ces toiles immenses peintes de rouge, de brun et de noir.

"Puissante, déroutante...habitée...vivante, dérangeante, engagée...." sa peinture bousculait les esprits.

Bien évidemment, elle était sollicitée quotidiennement...tout le monde voulait connaître son parcours, ses sources d'inspiration...mais surtout ses secrets de fabrication de peinture...comment arrivait-elle à créer autant de puissance, de vie...

Elvira répondait d'un sourire serein "un secret est un secret...".

Certains soirs, on la voyait sortir revêtue d'un jogging, portant un sac à dos. Elle se mettait à courir sur le bitume. Aucun journaliste en repérage, n'avait réussi à suivre ses longues foulées.

Elle courait jusqu'à en perdre haleine. Elle n'avait trouvé que cette solution pour faire taire le tumulte de son esprit. Elle courait éperdument...

Un soir, plus particulier que les autres sans doute, elle stoppa sa course soudainement, elle savait déjà que sa quête serait bénéfique.  Il était affalé cuvant un mauvais vin. Elle s'approcha de lui, l'odeur de crasse et d'urine ne la rebutait pas, elle était là pour poursuivre son oeuvre. Elle se pencha en avant, s'assurant que l'homme dormait profondément et elle sortit de son sac à dos, un cutter et un flacon. Un geste rapide de la main, la jugulaire tranchée, l'homme se vidait de son sang, de sa vie...elle remplissait le flacon, souriant dans le vague, imaginant déjà une prochaine toile.

Quand elle se releva, elle entendit un faible couinement...pas encore mort se demanda-t-elle ennuyée...elle se pencha en avant et découvrit, sous le manteau de l'homme, une minuscule boule de poils, un drôle de chien croisement improbable entre un caniche et un hérisson. Elle soupira...prête à tordre le cou de la bestiole...et puis elle se ravisa...après tout ça lui ferait de la compagnie dans son immense loft.

Elle fourra l'animal, baptisé dans l'instant Gréco, dans son blouson et reprit sa course.

En courant, elle s'imaginait répondre aux journalistes curieux "mes toiles sont vivantes dites-vous...pourquoi ? car j'y mets de la vie, tout simplement !"

 

 

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