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père

  • Mardi dernier

    Marie-Louise, ma grand-mère, est partie...à 99 ans.

     99 ans, pratiquement un siècle, elle en a vu Marie-Louise, femme de chambre à 13 ans dans un château de la Haute Vienne, puis patronne d'un petit bar-restaurant et....enfin "ravaudeuse" de filets de pêche toujours au coeur du Limousin.

    Tout ceci ne présente pas un grand intérêt pour le commun des mortels qui passent ici (et ils ne sont pas si nombreux).

    Ma grand-mère...la femme qui m'a élévée et protégée pendant les premières années de ma vie, pendant que mes parents parcouraient le monde...essayant de se consoler du décès de ma petite soeur AC.

    Cette femme qui a perdu son père, puis ses frères, son mari, ses oncles et ses cousins...cette femme qui a vécu deux guerres...dans ce village à quelques kilomètres d'Ouradour sur Glane, m'a appris l'endurance et le refus du joug de l'autre.

    Quand mes parents, enfin, ont décidé qu'il était grand temps de jouer leur rôle de parents...je me suis retrouvée transportée de la campagne limousine à une cité HLM (militaire) de région parisienne. Entre temps, une petite soeur était née, venant panser leurs plaies...toutes leurs attentions, tout leur amour se sont portés vers cette enfant blonde, bouclée, un pur rève digne de Cadum.

    Moi j'étais le vilain petit canard, laide, malingre, insoumise...

    Les coups ont commencé à pleuvoir..les cris, les coups de ceinturons, les insultes...les heures passées roulée en boule dans une angle de la pièce...

    Les livres et les livres seuls...ont sauvé cette pauvre vie, cette pauvre enfant que j'étais...

    A 15 ans pourtant, le doute m'a envahi...à quoi servait cette vie, personne ne m'aimait, personne ne me regretterait...j'ai tenté d'abréger ce schéma infernal en avalant tous les comprimés de régime de ma mère...résultat ridicule et pathétique....les intestins à la renverse.

    A 15 ans soudain mon père m'a regardée autrement, le vilain petit canard s'étant transformé....je n'ai pas besoin depuis d'aller "m'allonger" pour savoir pourquoi je n'arrive pas à lier de relation forte et pérenne avec les hommes, pourquoi je suis "coincée"....

    A 19 ans, alors que j'avais commencé des études de droit et que je souhaitais devenir magistrat...soudain ce fut l'évidence, il m'était impossible de continuer cette vie, de continuer à souffrir en silence...alors je me suis levée...et je suis partie....j'ai fait n'importe quoi pour survivre...

    Je ne tire aucune honte,ni aucune fierté de cette époque.

    MAIS....La femme que je suis aujourd'hui s'est forgée au fil du temps et des événements.

    Alors bien sûr, certains pourront me considérer comme une petite bourgeoise "de gauche" à tête creuse.

    Ouf, je suis beaucoup plus que cela.